ENTRE LES MOTS / ZWISCHEN DEN WORTEN

Projets d’écriture

 

Sur l’autre côté des mots        

Les mots peuvent devenir des êtres vivants. Ils prennent souvent leurs propres dimensions imprévisibles, se creusant des itinéraires inattendus. Ils touchent les tendresses ou cherchent les endroits blessants, effrayants même. Ils peuvent infliger une cruauté pas prévue ou une douceur jamais imaginée. Ils portent en eux une présence des esprits qui circule aussi autour d’eux. Cependant un mot peut être comme une pierre de toute la solidité de la terre. Mais une fois jetée dans l’eau cette pierre se rendra visible par des cercles de plus en plus grands dans la surface perturbée, avant qu’elle ne retrouve son équilibre à nouveau.

Les mots peuvent changer leurs état une fois énoncés, ne prenant qu’une demi-seconde. Ainsi ils deviennent les blocages ou les missiles ou les douceurs ; ils s’offrent aux explosions humaines ou aux caresses fragiles. Ils peuvent aussi introduire d’un seul coup trop de proximité ou trop de distance sans que personne ne sache jamais pourquoi. La proximité ou distance peuvent aussi faire qu’un autre se retire tout de suite derrière ses millions des visages parce qu’un regard a été placé comme l’éternité d’une seconde – hébété, choqué, à côté, tombé du fond des âges, et puis déjà retourné en soi-même, avant qu’on ait même pu commencer à s’orienter dans les interférences de ce petit regard. Dans ces voyages des sens cerclants les mots se contredisent.

En suivant ces esprits de mots ce projet d’écriture essaye de faire parler les mots mêmes comme des êtres incontrôlables, incontournables, presque vivants, en percevant dehors eux-mêmes leurs propres matérialités ; et en piquant dans les espaces qui les entourent et qui se déplient aussi entre eux, à travers eux et autour d’eux, sensiblement. Ça doit être un espace très respirant, musicale, presque percevant soi-même dans sa propre mélodie, créant son propre rythme – entre deux mots – un espace qui reste toujours là, mais invisible et sans jamais avoir une propre adresse. Les mots ne parlent-ils pas souvent plutôt de ces espaces entre eux que d’eux-mêmes ?

C’est là, dans ce vide blanc, silencieux, peut-être muet, impuissant ou désemparé, où un sens toujours déjà abandonné n’arrête pas de cheminer entre ces mots utilisés dans son aller-retour. C’est là où se trouve toujours cette possibilité qu’ils viennent beaucoup plus grand que prévu. Puis ils prennent leurs propres directions oscillantes autour de leurs lignes qui avaient un jour simplement décrit leurs lettres constituantes. Et c’est aussi là où se trouve cette différe/ance qui peut toujours prendre une autre forme.

Le projet de ce texte agit aussi d’un océan grand, dense et bleue, silence profonde sans aucun mot, dont qui on avait toujours senti la présence et qu’on voudrait un jour partir pour s’en plonger. Combattant comme une nageuse entre deux mots après qu’on s’avait en abimée sans arrêt. Le projet questionne la signification des souvenirs pour la constitution du soi, et la signification d’avoir un corps tissé de mémoires, un corps qui soi-même vit à partir de et en ces souvenirs et à partir de lequel ces souvenirs se constituent toujours et de nouveau. Et ce projet questionne comment ces souvenirs trouvent de nouvelles formes qui réveillent leurs nouvelles vies. C‘est une danse que les mots peuvent aussi commencer dans un espace qui n’avait pas été que fragilement imaginable entre les mots.

À travers les fragments littéraires, les œuvres artistiques et les souvenirs personnels le texte demande enfin quelle est la signification de trouver ses contours entre deux mots ou de les perdre sans aucun arrêt, démuni, mais essayant de toujours s’accrocher avec les mains à ce kaleidoscope centrifugale de toutes ces syllabes séparées qui semblent rester, et qui se détricotent encore et encore pendant l’acte d’une seule parole.

Comme si jamais un mot se tient à ce qu’il avait promis matériellement avec ces lettres individuelles claires ; comme si tout sens serait toujours deplacé très précisément entre ces lettres ; comme si on pouvait seulement commencer de se retrouver un jour lentement dans une pirouette récemment étudiée … s’y orientant un peu perplexée pendant qu’on se balance toujours pieds nus, se tâtant en toutes directions.

Accompagné par la pensée de ces pieds attachés aux corps virevoltants des danseurs contemporains…ainsi que par les œuvres littéraires, philosophiques et artistiques de Samuel Beckett, Joseph Kosuth, Magritte, Michel Foucault, Jacques Derrida, Artaud, Amelia Jones, Julia Kristeva, Arlette Farge, Susan Sontag, Aleida Assman, Bodo Kirchhoff, Picabia, Georges Bataille, Anna Freud, Jacques Lacan, Chardin, Walter Benjamin, Giorgio Morandi, Richard Wollheim, Sally Osborn, Max et Minna Beckmann, Peggy Phelan, Judith Butler, Hélène Cixous, Hiwa K., Frantz Fanon, Yeats, Michel de Certeau, Roni Horn, Oliver Sacks, Hito Steyrl, Catherine Malabou, Adolf Wölffli, Robert Gie, Francis Palanque, Gille Madge, Jeanne Tripier, Siri Hustvedt, Emily Dickinson, Kaja Silverman, Luce Irigaray, Jean Dubuffet, Jean Foutrier, Alberto Giacometti, Francis Bacon, Duchamp, Wayne McGregor, Akram Khan, Pina Bausch, Simone De Beauvoir, Gilles Deleuze et Félix Guattari.

Pour la parole pleine des mots corporelles de la psychanalyse.

Et pour mes deux grands-mères : une m’avait enseigné les esprits, la clarté et les cercles philosophiques de mots. L’autre la plus haute discipline de toujours nouer une boucle en soie d’une chemise colorée dans la façon très précise et juste, avec tous les plis exacts, côté à côté, n’importe les circonstances en qui ou face auxquelles on pourrait se jamais retrouver (le visage toujours calme, en montrant rien, si jamais possible).

 

Elle ne souriait pas

„Se trouver si nue sur terre. Et d‘etre accuillie si doucement par les pierres“ pensait elle silencieusement.

Une femme qui ne souriait jamais.
Un rencontre comme le plus grand tsunami de sa vie.
Des circumstances cruels.
Une petit branche donnée pour la faire toujours souvenir la force de la vie.
Un petit enfant qu’elle va perdre au milieu de la rue dans un dernier regard vers l’infini.
Le courage enorme de vivre son plus grand amour sans le moindre espoir.
La Valse.
La brutalité.
Un motif de Stravinsky.
Un cœur qui n’arrête pas de battre.
Un voyage entre les pierres.
Une lettre de New York.

Et une fille qui apprendra à frapper aux portes.

 

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